Les Apocryphes de Flamel

Bien des années ont passé depuis la fin du Lord. Le monde est devenu instable, et les avancées techniques des moldus menacent de le détruire. Au sein de la communauté sorcière, manipulation et oppositions font rage.
 
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 Paroles d'auteurs

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Lilian Delcourt
Préfet en Chef, 4e année
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MessageSujet: Paroles d'auteurs   Mar 25 Nov - 2:53

Oui, j'ai une dissertation à faire pour... heu... mercredi matin 9h précises... Mais, mon esprit étant désespérément à la recherche d'une source de divertissement extérieure m'a plongé dans un cahier où j'ai pris soin de noter quelques passages de romans qui, sur le moment, m'ont assez marqués, interpellés, pour me donner envie d'interrompre ma lecture afin de les retranscrire.

Je vous propose donc de rassembler, au fil de vos lectures (ou pas) les passages, les citations, qui ont particulièrement retenues votre attention. Et le choix de thème est libre en fait, qu'ils vous aient touchés, amusés, ou parlés, tout est bon à prendre.

Je vais ouvrir un peu le bal avec, quelques lectures qui ne sont pas vraiment récentes (mais j'ai un petit stock à écouler alors autant en profiter), et un passage super joyeux ! sur... la découverte de la mort, à travers le regard d'un jeune homme, par la plume de François Mauriac.
Pourquoi ? Parce que je trouve ce passage d'une incroyable justesse (pour moi en tout cas), sans pour autant verser dans le dramatique.

~~

Denis songeait qu'il allait voir un mort, qu'il serait obligé de voir ce qu'il n'avait jamais vu encore et dont la seule pensée le glaçait d'horreur. La rencontre d'un corbillard dans la rue, cette présence invisible sous un couvercle, sous un drap, l'avait toujours obligé à fuir par une rue transversale. Si grande était cette répulsion qu'à Léognan, il n'entrait jamais seul dans la chambre inhabité où son grand-père était mort lorsque lui-même était encore au berceau. Il lui arrivait pourtant d'entrebâiller la porte et de considérer longuement le lit désert où s'était accompli le mystère effroyable. Les rideaux du baldaquin avaient assistés à la chose et de sa place chaque meuble l'avait vue. Cette pendule fut arrêtée en même temps que le cœur du vieillard. D'avoir été mêlés à une agonie, à une entrée dans le néant, conférait aux objets de cette chambre il ne savait quelle réalité seconde; ils avaient accueilli la visiteuse… Mais non! Non! La mort n'était pas quelqu'un! On ne peut causer avec un démon, on ne peut s'entendre, pactiser avec le pire des monstres… Son horreur est de n'être rien, de ne pas exister, de tenir toute dans une suppression, dans un effacement. Ce lit, ces rideaux, ces fauteuils, cette pendule, ce miroir, ce guéridon recouvert d'un tapis verdâtre, une vague d'éternité les avait envahis et son reflux avait laissé sur eux des flaques, des empreintes de néant.
[…]
Denis regarda d'abord les deux pieds droits que le drap épousait. Le corps avait déjà la forme du sarcophage. […]
Alors, Denis se mit à trembler comme un arbre, de la base au faîte. Qu'est ce que ça faisait que ce fût son père ou un autre? C'était un mort, le mort que nous sommes tous en puissance. La seule vérité indubitable, la seule certitude. Comment les tramways marchaient-ils? Il aurait fallu arrêter les trains, faire descendre les gens, leur crier: "Ne savez-vous donc pas que vous devez mourir?" Pourquoi lisait-on les journaux? Que pouvait-il arriver d'important puisqu'on était condamné à mort? Cette nouvelle rendait vaine toutes les autres nouvelles. Plus rien à apprendre, puisque demain on serait jeté sur le tas, pourri, dissous. La seule vérité… S'il existe quelque chose d'autre, nous ne le savons pas. Nous ne sommes sûrs que de la mort. Les religions? Les systèmes? des colonnes dressées dans le vide, qui imposent un ordre apparent aux brumes et aux nuées, qui encadrent l'espace béant.
[…] Comment faisaient-ils tous les autres, comment pouvaient-ils aller et venir, s'inquiéter de milles choses, s'attacher à un autre être aussi périssable qu'eux même, faire le geste qui ensemence de futurs cadavres, et entretient les haras de la mort? Ils croyaient, ils avaient la foi…
Mais il n'y a pas à croire à la mort puisqu'on la voit, on la touche à chaque instant, on la salue dans la rue…


F. Mauriac
Les sentiers de la mer

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Lilian Delcourt
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MessageSujet: Re: Paroles d'auteurs   Ven 12 Déc - 16:55

Bon allez, changement total de registre !
Aujourd'hui j'ai décidé de vous retranscrire un passage qui me fait toujours beaucoup rire, comme bon nombre de pages d'Evelyn Waugh en fait... J'aime le cynisme de cet auteur satiriste anglais, ses personnages absurdes, ses histoires invraisemblables... Bref... Ici, un portrait pour le moins très pittoresque...

~~

- Jésus Marie ! Qui sont ces gens ?
Une douzaine d’hommes d’aspect ignoble approchaient sur la pelouse. Le front bas, l’œil chafouin, les jambes tortes, ils avançaient en rangs serrés, au demi trot comme une bande de loups affamés, le regard errant comme pour déjouer les embuscades, la bouche noire et baveuse, la mâchoire pendante, le menton en retrait, serrant sous leurs longs bras simiesques des fardeaux difformes. En apercevant le docteur la meute hésita, fit halte, puis recula en désordre pour se reformer plus loin, les petits louchant vers l’ennemi entre les épaules des grands.
- Mazette ! s’écria Philbrick. Des échappés de l’asile ! Je tire.
- Du Sang-froid ! dit le docteur. Le moindre faux pas peut nous être fatal. Non, ce n’est pas possible, je n’en crois pas mes yeux. De telles créatures n’existent pas.
A l’issue d’un bref conciliabule de têtes et de mains, une homme âgé s’échappa du groupe. Il portait une grande barbe noire inculte et, sur ses épaules inégales, une couronne druidique de baies de gui en cuivre.
- C’est pas vrai, c’est mon ami le chef de gare ! s’écria Philbrick.
- Nous sommes la Clique d’Argent que le seigneur vous bénisse et vous garde ! dit le chef de gare d’une seule traite. La Clique que personne d’autre que deux n’ont pu vaincre à l’Einstedfodd lequel était pour tout le Pays de Galles tenez-vous-le pour dit.
- Je vois, dit le docteur. Je vois… C’est parfait mon ami. Voudriez-vous bien vous retirer avec vos hommes sous la tente que vous voyez là-bas ? La plus petite.
- Que nous défilions vous ne voulez pas ? suggéra le chef de gare et de Clique. Plié là nous avons tenez-vous-le pour dit un bien beau drapeau de soie jaune pour nous brodé.
- Non, non, je vous prie, par là, sous la tente.
Le chef s’en retourna prendre conseil. On entendit grogner, japper et hurler comme dans la jungle au lever de la lune, puis l’ancien revint en trainant obséquieusement sa jambe de côté.
- Trois livres que vous nous payeriez que vous nous aviez promis.
- Oui, oui, trois livres. Sous la tente !
- Rien ne pouvons jouer sans avoir l’argent d’abord, dit le chef d’un ton résolu.
- Je lui flanque une baffe ? dit Philbrick.
- N’en faites rien, dit le docteur. Vous n’avez pas vécu au Pays de Galles aussi longtemps que moi.
Il sortit son portefeuille dont la vue alluma des lueurs jaunes dans le regard des musiciens. Ils se précipitèrent, tiquant et jacassant.
Le docteur sortit trois billets et les donna au chef.
« Voilà Davies, dit-il. Et maintenant vous emmener vos hommes sous la tente. Qu’ils n’en sortent sous aucun prétexte avant la fin du goûter. »
La Clique se retira et Paul accompagna le docteur dans la direction du château.

- Le caractère gallois mériterait une étude approfondie, dit le docteur, chemin faisant. J’ai souvent pensé écrire une petite monographie sur ce sujet, mais j’y ai renoncé pour ne pas désespérer le village. Les ignorants les croient celtes, grossière erreur ! Ils sont de pure ascendance ibère, puisque ce sont les aborigènes de l’Europe , qui ne survivent qu’au Portugal et au Pays basque. Généralement, les Celtes l’allient assez volontiers avec leurs voisins et les absorbent. Mais, de temps immémorial, les Gallois ont été considérés comme un peuple impur, ce qui leur a permis de conserver leur pureté raciale. Il est rare que leurs fils et filles se marient avec des êtres humains qui ne soient pas consanguins. En Galles, il n’y a jamais eu besoin de lois pour empêcher les conquérants de se mêler avec les vaincus. En Irlande, de telles lois étaient une nécessité politique ; mais ici c’est une affaire purement morale. Incidemment, j’espère que vous n’avez pas de sang gallois dans les veines ?
- Pas une goutte.
- J’en étais sûr, mais on ne sait jamais. Un jour, j’ai fait une petite causerie là-dessus à la classe terminale, pour apprendre plus tard que l’un des élèves avait une grand-mère galloise. Il paraît que je lui ai fait beaucoup de peine, à ce pauvre petit. Et pourtant, elle était du Pembrokeshire, ce qui change tout. Il m’arrive souvent de penser que presque tous les désastres de l’Angleterre sont plus ou moins imputables à l’influence galloise. Pensez donc à Edouard de Caernavon, premier prince de Galles : quelle vie, et quelle mort ! Et puis les Tudors, la dissolution de l’Eglise, Lloyd George, le mouvement antialcoolique, le Non-conformisme donnant la main à la concupiscence pour ravager le pays ! Vous pensez peut-être que j’exagère ? J’avoue que j’ai un certain penchant pour la rhétorique.
- Pas du tout.
- Les Gallois, sont la seule nation du monde qui n’ait jamais produit aucun art graphique ni plastique, aucune architecture, aucun théâtre. Ils chantent, voilà tout. Ils chantent et soufflent dans des instruments argentés. Ils sont faux parce qu’ils ne savent pas distinguer le vrai, dépravés parce qu’ils ne savent pas prévoir les conséquences de leurs vices.

Grandeur et décadence
Evelyn Waugh

Patrie, patrie, je suis fier de ma partie...
Dit-on au Pays de Galles

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